Manifeste

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Je ne joue pas de la guitare pour montrer ce que je sais faire,
mais pour révéler ce qui ne se voit pas.

Je ne cherche pas à impressionner,
ni à prouver une maîtrise,
ni à accumuler des gestes techniques comme des trophées silencieux.
Ce qui m’intéresse ne se mesure pas.
Ce qui m’importe ne s’applaudit pas toujours.

Car la musique, pour moi, n’est pas une démonstration.
C’est une mise à nu.

Je crois à la lenteur.
À cette lenteur presque subversive dans un monde pressé.
À ces instants où une note a le temps d’exister,
de vibrer,
de s’éteindre sans être chassée par la suivante.

Je crois au silence.
Pas comme une absence,
mais comme une matière.
Un espace vivant, chargé, tendu,
où la musique respire vraiment.

Je crois aux notes qui pèsent.
À celles qui portent quelque chose d’invisible :
une hésitation, une faille, une mémoire,
une vérité que les mots ne savent pas dire.

Je refuse la virtuosité vide.
Celle qui impressionne mais ne touche pas.
Celle qui remplit sans habiter.
Celle qui va vite pour éviter de ressentir.

Je refuse l’urgence artificielle,
celle qui pousse à produire sans écouter,
à publier sans mûrir,
à exister sans profondeur.

Je refuse la musique conçue pour être oubliée.
Celle qui accompagne sans marquer,
qui remplit des silences au lieu de les habiter,
qui s’efface aussitôt consommée.

Ma guitare n’est pas un outil de performance.
Elle est un langage intérieur.

Un langage imparfait, fragile, parfois hésitant,
mais sincère.
Un langage qui ne cherche pas à convaincre,
mais à entrer en résonance.

Je ne joue pas contre d’autres musiciens.
Je ne joue pas pour être meilleur.
Je joue pour être juste.

Juste avec moi-même.
Juste avec ce que je ressens.
Juste avec l’instant.

Ma guitare n’est pas un sport de compétition.
Il n’y a ni classement, ni vitesse à atteindre,
ni norme à dépasser.

Il y a seulement une recherche :
celle d’un son qui dit quelque chose de vrai.

Je préfère toucher peu de personnes profondément
que beaucoup de gens superficiellement.

Parce qu’une seule écoute sincère
vaut plus que mille distractions passagères.

Parce qu’une émotion réelle
laisse une trace.

Parce que la musique, quand elle est honnête,
ne disparaît pas :
elle s’installe quelque part,
elle accompagne,
elle transforme.

Si je joue,
ce n’est pas pour être entendu partout.

C’est pour être entendu vraiment.

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