Alternatives au streaming : de nouvelles voies pour partager sa musique

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À l’ère des milliers d’écoutes pour quelques centimes, les artistes indépendants sont nombreux à s’interroger : comment diffuser sa musique sans se perdre dans la masse ni brader sa créativité ? Le streaming est omniprésent, mais il n’est pas la seule voie — ni la plus équitable — pour faire entendre sa musique. Dans cet article, je vous propose un tour d’horizon des alternatives concrètes que j’utilise, explore ou recommande.

Bandcamp : vendre sa musique et son merch en toute indépendance

Parmi les rares plateformes à défendre un modèle juste pour les artistes, Bandcamp fait figure d’exception. Elle permet non seulement de diffuser sa musique en ligne, mais surtout de la vendre en téléchargement ou en format physique (CD, vinyles, cassettes) sans intermédiaire abusif.

Pourquoi je l’utilise :

  • Une répartition équitable : environ 82 % des revenus vont à l’artiste.
  • Le choix des formats : vente à prix libre, abonnements mensuels, bundles, etc.
  • Merchandising intégré : t-shirts, affiches, goodies, tout est centralisé.
  • Journées Bandcamp Fridays : tous les 1er vendredis du mois, la plateforme ne prend aucune commission.

C’est une manière directe, humaine et éthique de diffuser sa musique et de tisser un lien plus fort avec son public.

Le live : recréer une expérience réelle

Rien ne remplace la scène. Le concert reste un des rares lieux où l’on peut toucher un public en profondeur, échanger en direct, vendre du merch et créer un souvenir marquant. C’est aussi un excellent canal de diffusion pour ses nouveaux morceaux.

Avantages du live :

  • Source de revenus directe (billetterie, cachets, merchandising).
  • Possibilité de capturer des enregistrements live ou des vidéos à diffuser ensuite.
  • Fédère une communauté plus engagée.

Mais comme j’en parlais dans cet article, faire du live régulièrement implique des contraintes : logistique, répétitions, disponibilité, fatigue physique et financière… Cela reste une voie importante, mais exigeante que j’espère développer un peu plus à l’avenir.

La radio : toucher des publics différents

La radio — qu’elle soit numérique ou hertzienne — reste un moyen puissant de diffusion. Il existe deux approches principales :

Les webradios

Souvent gérées par des passionnés, elles sont ouvertes aux artistes émergents. Un simple mail bien présenté suffit parfois à obtenir une diffusion.

Avantages :

  • Accessibilité.
  • Programmateurs souvent bienveillants.
  • Visibilité dans des niches musicales ciblées.

Les radios FM et grands réseaux

Plus complexes à atteindre. Pour avoir une chance d’y être diffusé, il faut passer par Muzicenter, la base de données utilisée par les programmateurs radio en France. Le hic : l’accès est payant et coûteux pour un artiste indépendant (plusieurs centaines d’euros par sortie).

J’ai toujours pris soin de soumettre mes morceaux à un maximum de webradios, et certains sont encore en rotation à ce jour. Cela dit, ces diffusions génèrent peu, voire pas du tout, de droits d’auteur, contrairement aux radios FM. Si vous souhaitez maximiser vos chances d’être diffusé, je vous conseille d’envoyer vos presskits non seulement aux webzines, mais aussi directement aux radios. Une diffusion peut être aussi précieuse qu’une chronique pour gagner en visibilité.

Les plateformes communautaires et alternatives

Même si elles restent marginales, certaines plateformes méritent l’attention :

  • SoundCloud : encore pertinent pour certains genres comme l’électro ou le rap. Utile pour tester des idées ou obtenir des retours directs.
  • Audius : plateforme basée sur la blockchain, avec une rémunération en crypto. Encore jeune, mais prometteuse.
  • Resonate : un modèle coopératif où les artistes sont copropriétaires. L’utilisateur “paie à l’écoute”, ce qui rémunère plus justement les créateurs.

Pour ma part, je n’utilise actuellement aucune de ces plateformes. Je trouve SoundCloud peu engageant visuellement, avec une interface que je n’apprécie pas, même si je reconnais que beaucoup de musiciens y trouvent leur compte. J’ai également tenté l’expérience avec Audius, mais sans réel succès : l’univers des cryptomonnaies me semble encore trop flou et peu accessible. 

Synchronisation musicale : placer sa musique dans l’image

La synchronisation (ou “sync”) consiste à faire apparaître sa musique dans des films, publicités, jeux vidéo ou vidéos YouTube. C’est un marché spécifique mais potentiellement lucratif.

Plateformes à explorer :

  • AudioSparxPond5SongtradrArtlist

À prévoir :

  • Des métadonnées bien remplies.
  • Des versions instrumentales.
  • Des visuels et une présentation soignée.

C’est une voie professionnelle qui demande rigueur et patience, mais qui peut générer des revenus passifs intéressants. De mon côté, j’ai utilisé AudioSparx pour seulement quelques morceaux, et l’un d’eux a pu dépasser les 100 000 écoutes sur Spotify, en grande partie grâce à des placements en playlist particulièrement efficaces.

Newsletter et contact direct : parler à son public sans intermédiaire

Créer une mailing list est peut-être l’outil de diffusion le plus sous-estimé. Il ne faut pas oublier qu’une adresse mail vaut souvent plus qu’un like.

Pourquoi c’est puissant :

  • On échappe aux algorithmes.
  • On peut annoncer ses sorties, ses concerts, ses clips… sans filtre.
  • On bâtit une relation plus fidèle et sincère.

Des outils comme Mailchimp, Sendinblue, ou des alternatives open source comme Buttondown ou Substack peuvent être très utiles pour gérer une newsletter. Pour ma part, j’utilise Mailchimp, que je trouve à la fois simple et efficace. Cela dit, il est important de ne pas saturer sa liste de diffusion : personnellement, je limite mes envois à 4 ou 5 par an, principalement à l’occasion de sorties d’albums.

Les collectifs et micro-labels : mutualiser les forces

Créer ou rejoindre un collectif, un label associatif ou un regroupement d’artistes est une excellente façon d’élargir ses canaux de diffusion :

  • Mutualisation des frais de production et de promotion.
  • Organisation d’événements ou de compilations communes.
  • Accès à des scènes, médias ou partenaires souvent fermés aux artistes isolés.

C’est aussi un moyen de recréer du lien humain dans un écosystème souvent très fragmenté. Un ami musicien proche (qui se reconnaîtra) m’encourage régulièrement à lancer une structure de ce type. C’est une idée qui me séduit, et que je garde en tête pour l’avenir, même si je ne me suis pas encore lancé.

Le streaming n’est pas une fatalité. De nombreuses solutions existent pour diffuser sa musique en dehors des grandes plateformes, à condition d’oser sortir des sentiers battus. Entre vente directe, concerts, radios, synchros, collectifs et newsletters, chaque artiste peut tracer sa propre route, plus humaine, plus équitable, et souvent plus gratifiante.

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