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À une époque où l’on demande aux artistes d’être influenceurs, community managers, vidéastes, marketeurs, experts en algorithmes et parfois même clowns professionnels, il est peut-être temps de rappeler une évidence : un artiste est censé faire de l’art.
L’œuvre devrait être au centre de tout. Pas le personnage. Pas la stratégie. Pas le nombre d’abonnés. Pas la fréquence des publications. Pas le dernier hack marketing à la mode.
L’art n’est pas né pour nourrir les plateformes. Les plateformes sont apparues pour exploiter l’attention générée par l’art.
Aujourd’hui, on explique aux musiciens qu’ils doivent publier trois vidéos par jour, raconter leur vie privée, exposer leurs émotions en temps réel, suivre les tendances TikTok, répondre aux commentaires, montrer leur quotidien, leur couple, leur chien, leur petit-déjeuner. Certains vont encore plus loin et finissent par vendre leur image avant de vendre leur musique. Montrer son corps, provoquer, se mettre en scène de manière artificielle, tout devient acceptable du moment que cela génère des clics.
Mais à quel moment avons-nous accepté que la musique devienne secondaire ?
À quel moment avons-nous décidé qu’un artiste devait passer davantage de temps à fabriquer du contenu qu’à fabriquer une œuvre ?
L’histoire de l’art est remplie de créateurs obsessionnels, exigeants, parfois difficiles, souvent incompris. Ils ne demandaient pas la permission aux algorithmes. Ils ne construisaient pas leur travail autour des tendances du moment. Ils poursuivaient une vision.
Un artiste devrait être sans concession sur son œuvre.
Cela ne signifie pas être arrogant. Cela signifie savoir pourquoi l’on crée. Cela signifie refuser de sacrifier l’essentiel pour obtenir quelques secondes d’attention supplémentaires. Cela signifie accepter que certaines personnes n’aimeront jamais ce que l’on fait, plutôt que de diluer son identité pour plaire à tout le monde.
L’art n’est pas un concours de popularité.
Bien sûr, il faut que les œuvres rencontrent un public. Bien sûr, il faut que les musiciens puissent vivre de leur travail. Bien sûr, il existe des outils de communication utiles. Je serais hypocrite de prétendre le contraire.
Dans mon podcast, il m’arrive régulièrement de partager des conseils marketing, des stratégies de promotion ou des méthodes de développement de carrière. Je le fais parce que je souhaite aider le plus grand nombre de musiciens à faire connaître leur travail dans un environnement devenu extrêmement concurrentiel.
Mais ces conseils ne doivent jamais devenir une religion.
Mon point de vue personnel est simple : l’œuvre passe avant tout le reste.
Le marketing devrait être au service de l’art. Jamais l’inverse.
Si une stratégie vous pousse à trahir votre identité, à fabriquer une version artificielle de vous-même, à transformer votre création en produit calibré ou à mendier l’attention des réseaux sociaux, alors cette stratégie coûte probablement plus cher qu’elle ne rapporte.
Le monde numérique adore les artistes dociles. Ceux qui produisent du contenu à la chaîne. Ceux qui adaptent leur création aux exigences des plateformes. Ceux qui confondent visibilité et valeur.
L’art, lui, a souvent été porté par des individus qui refusaient les règles du jeu.
L’esprit punk n’a jamais consisté à obtenir plus de likes. Il consistait à préserver son intégrité.
Faire de la musique parce qu’on a quelque chose à dire.
Écrire parce qu’on ne peut pas faire autrement.
Créer parce que l’œuvre exige d’exister.
Le reste n’est que du bruit.
Alors oui, diffusez votre musique. Présentez votre travail. Trouvez votre public. Utilisez les outils disponibles si vous le souhaitez.
Mais n’oubliez jamais pourquoi vous avez commencé.
Vous n’êtes pas devenu artiste pour servir un algorithme.
L’algorithme est censé servir l’artiste.
Et si un jour il faut choisir entre l’œuvre et la visibilité, choisissez l’œuvre.
Parce qu’une œuvre sincère peut traverser les décennies.
Une publication virale ne survit généralement pas à la semaine suivante.
Image by Steve Buissinne from Pixabay